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La quatrième de couverture sur le
site de l’éditeur :

« Il faisait chaud, c'était le cœur de l'après-midi.
Sous l'avancée du toit, sous les branches immobiles, on sentait se concentrer cette obscure noirceur qui couve au cœur des beaux jours.
Il y avait une barre d'ombre sous les poiriers en espaliers, un carré d'ombre sous le siège de la balançoire.
Les pneus de la bicyclette appuyée au garage étaient tout ramollis.
Les arums suaient un pollen jaune citron.
La petite fille n'avait pas le droit de sortir sans chapeau.
On lui versait un verre de citronnade.
Elle y plongeait le museau jusqu'aux yeux, comme la cigogne de la fable, et tandis qu'elle buvait, ses cils, qui tremblaient toujours légèrement, sensibles et fureteurs, frôlaient doucement le bord.
L'enfance est là.
La sensation perdue, si délicate. »

Copyright


Ce roman est une fenêtre sur la vie des enfants, au ras du sol, avec leur taille inférieure aux adultes, un point de vue singulier dans lequel les parents sont ces « dieux » qui décrit avec poésie et minutie un monde beaucoup plus cruel qu’on ne l’imagine.
Cette réussite a été saluée par la critique et a donné lieu à une adaptation par des comédiens de Caen dans les « Rencontres pour Lire » qui a circulé dans tout l’Ouest de la France.
On y découvre une face cachée de Dominique Barbéris, qui a vécu en Belgique étant enfant, avant de revenir à Nantes, sans doute la ville qui a inspiré son premier roman, « La ville », paru chez Arlea.

Dans une vidéo tournée pour l’éditeur (cliquez sur l’icône « cinéma » à gauche) Dominique Barbéris explique son propos.

Quelques critiques que nous avons pu récupérer :
(merci de nous en trasnmettre d'autres si vous en avez)


avec leur aimable autorisation

Le Figaro, no. 17525
Le Figaro Littéraire, jeudi 14 décembre 2000, p. 4

DOMINIQUE BARBÉRIS
Violences d'enfance
cliquez pour le lire

par Patrick GRAINVILLE


des livres Copyright

Avec une voix juste et

émouvante, Dominique

Barbéris dessine le paysage

où elle fut une petite fille

Article paru dans l'édition du 22.10.00

En raison même de son universalité, ou plus simplement de sa banalité, le thème de l'enfance conduit souvent et sans difficulté au pire. La plate mièvrerie guette, ou bien son envers : l'exploitation du trouble et de la perversité forcément polymorphe des enfants. Une voix fausse, c'est-à-dire laide, bruyante ou désaccordée, donne immédiatement envie de se boucher les oreilles ! Au contraire, une juste voix, lorsqu'elle existe, ne trompe pas. C'est elle que Dominique Barbéris manifeste constamment dans le très beau récit qu'elle vient de publier. Sa voix, il suffit de l'écouter, même si elle n'a pas vocation à faire beaucoup de bruit.

Les « dieux », ici, ce sont les adultes, les « grands ». C'est dans leur « temps » et dans leur espace que vit « la petite fille », l'héroïne du livre, que l'auteur semble avoir fort intimement connue - et c'est pour cela qu'elle ne lui donne pas d'autre nom. Nous sommes dans les années 60, dans un pays du Nord : « Intérieur flamand », précise le titre de la première des deux parties du livre, divisées, sans nécessité toujours visible, en chapitres et sous-chapitres. « C'était le progrès, le milieu du vingtième siècle. Les routes du monde étaient lisses. Des lignes jaunes les partageaient et semblaient dessiner sur la face de la Terre l'image de l'infini. Les vacances confinaient à l'éternité. » Les enfants n'ont pas un âge précis, sans doute parce que le temps n'a pas encore la signification rigide qui s'imposera plus tard.

Quelques pages plus haut, Dominique Barbéris avait écrit : « Certains souvenirs sont une pente qu'on ne remonte jamais. » A la fin du livre, à propos de « la petite fille » et de son « fiancé », Thierry, elle dit de même : « C'était eux, et pourtant rien de ce qu'ils étaient ne serait conservé. C'était l'été. Pourtant rien de cet été ne devait survivre. » Ce « rien » répété donne la note continue, basse et mélancolique du récit.

C'est donc à partir d'une perte, d'une absence, que l'auteur a dessiné, avec un art très sûr et sans aucune lourdeur, grâce au sobre raffinement de son écriture, un fragment du paysage de son enfance. Amenant le lecteur à cette hauteur où, en quelque sorte, l'on ne voit des adultes que la partie inférieure de leur personne, elle montre à merveille combien un tel paysage constitue un monde presque autonome. Pour apprécier ses dimensions, il faut se mettre en accord avec elles, et donc abandonner la taille de l'adulte, ce faux dieu... Car, derrière le discours raisonnable des « grands » sur les enfants, il y a une autre parole à entendre, plus fragile et tremblante, plus drôle et émouvante : celle de l'enfant lui-même qui n'est pas seulement là pour faire de « bons mots »... Les contours de ce monde sont flous, car il peut s'étendre bien au-delà de l'enfance.

Nul mieux que Bernanos, et d'une manière aussi déchirante, n'a parlé - dans Les Enfants humiliés - du devoir à l'égard de l'enfant que l'on fut : « Qu'il ait cessé de me parler ou non, qu'importe, je ne conviendrai jamais de son silence, je lui répondrai toujours. » Cette fidélité toute voilée de deuil et de chagrin, cette piété et cette pitié devant l'image encore balbutiante de soi, l'adulte, pour se constituer et s'affirmer, ordinairement la dénie, la dépasse. Cependant, dès que l'objet de cette fidélité se présente à notre mémoire, dès que l'enfant appelle, comme si, éternellement, il implorait qu'on ne l'oublie pas, il faut se pencher, l'écouter, lui répondre. Très simplement, sans fausse candeur, c'est ce qu'a fait Dominique Barbéris.